Cornemuseux dans le groupe Acus Vacuum et, depuis un anet demi, facteurde cornemuses médiévales, il est originaire de Martelange et habite à Bastogne.

Il nous avait contactés après avoir vu surle site du Canard Folk un article qui parlait notamment de cuisson à l’huile de lin et de polissage à l’ancienne.

Marc Bauduin

Q: Qui joue de quel instrument dans Acus Vacuum, et comment vous êtes-vous rencontrés ?

R: Charlotte Reckinger, ma compagne, joue du tambour clair. Mon frère Nicolas joue de la grosse caisse et du hautbois. Steeven Didier et moi-même jouons de la cornemuse médiévale. En fait nous avons commencé en 2011 par un duo, mon frère et moi, afin de répondre à beaucoup de demandes d’animations. Charlotte était violoniste et s’est mise aux percussions. Quant à Steeven, qui avait appris la cornemuse du Centre France chez Rémi Decker, c’est surun coup de chance que nous l’avons trouvé. Nous jouons à quatre depuis fin 2012.

Q: Quel est votre répertoire, et d’où le tenez-vous ?

R: Nous avons beaucoup de compositions personnelles, aussi des cantigas de Santa Maria, et surtout des musiques populaires, des danses folkloriques de tous pays. Quand j’étais tout jeune, ma mère avait déjà un 33 tours de Trivelin. Et j’ai joué de 2008 à 2012 dans le groupe médiéval Arduina Silva (“forêt ardennaise”),avec un musicien du sud de la France qui m’a fait connaître beaucoup de musiques différentes.

Q: Cette année, vous avez aussi une danseuse orientale. Pourquoi ?

R: J’ai assisté à beaucoup de fêtes médiévales où jouaient des groupes du sud, d’Espagne, …accompagnés par une danseuse orientale. Cela m’avait étonné, mais on m’a expliqué que le moyen âge avait fort été influencé par l’Orient. Cela s’accorde très bien avec notre musique.

Q: Parlons maintenant de votre activité de facteur de cornemuses. Comment avez-vous commencé ? Vous êtes sans doute bricoleur, car ce n’est pas simple …

R: Non, à la base je n’étais pas trop bricoleur, mais il est vrai que mon père est un très bon bricoleur, il a construit sa maison, par exemple. Eh bien, un jour j’ai eu envie de fabriquer une cornemuse, je ne sais pas vraiment pourquoi. J’ai commencé par des choses plus simples, de petits instruments à cordes. Puis je me suis acheté un tour à bois et des outils. Mais j’ai dû beaucoup chercher pour avoir des conseils, et c’est,finalement Albert Rochus qui m’a beaucoup conseillé,c’est un vrai puits de science !

Q: Que prenez-vous comme modèle ?

R: Les grandes cornemuses médiévales allemandes, que j’ai un peu transformées, ce qui fait que je les appelle “cornemuses ardennaises”. A la base, on les trouve notamment dans des enluminures, on voit qu’elles ont une perce conique, ce qui veut dire qu’elles doivent sonner fort. Avec Arduina Silva j’avais été jouer en Hongrie, où j’ai récupéré un hautbois allemand qui avait été cassé. Je l’ai coupé en deux pour me faire une idée de la perce. Puis je me suis fabriqué des outils après avoir cherché des conseils en vain sur internet.Les débuts ont bien sûr été en tâtonnant. Je pourrais me chauffer un hiver complet avec tous les essais ratés !

Q: Que choisissez-vous comme bois ? Cela a-t-il une influence sur la sonorité ?

R: Parprincipe j’utilise surtout du bois de la région (en gros), si possible de Belgique. Actuellement j’emploie du poirier, du noyer et de l’alisier. Certains puristes vont peut-être hurler, mais je constate que le bois n’a pas,trop d’influence sur la sonorité. C’est d’ailleurs ce que constatait jadis Mahillon, qui comparait une trompette en cuivre et une en bois.

Q: Et pour les sacs ?

R: Je les fais en cuir de vache, de chèvre, de mouton, … que j’achète à Liège. Il doit être souple et résistant. Le mouton et la chèvre ont souvent été utilisés, car leur cuir peut être plié souvent sans problème.

Q: Il y a donc des choix bien clairs qui sont posés ?

R: Oui, de manière générale je cherche à employer des produits locaux: bagues en cornes de vaches provenant de nos abattoirs, en bois de cerf de notre forêt d’Anlier,etc. Et avec des techniques qui permettent de m’éloigner des produits chimiques, des vernis et autres produits synthétiques de finition.

Q: Dans quelles tonalités sont vos cornemuses ?Et en avez-vous déjà vendu ?

R: Elles sont en Ré mineur et en La mineur, avec un ou deux bourdons à l’octave ou à la quinte. J’en ai déjà vendu, et j’en ai en commande. Il faut compter un ou deux mois de délai, carj’ai un boulot à côté.

Q: Un dernier mot ?

R: Oui, mes cornemuses s’appellent aussi “charmuselles”, suite à une collaboration avec un illustrateur français dont le projet est de représenter chaque région par un lutin avec une cornemuse locale. Ma cornemuse “ardennaise”a été choisie pour le nuton.

Contact :Simon Blum
simon.blum@hotmail.com
tél 0473/32 58 73

(paru dans le Canard Folk de mai 2014)