Réparateur d’accordéons et restaurateur d’objets d’art, Antonin Sforza, dans la province de Namur, est relativement peu connu dans le milieu folk. Nous l’avons interviewé par email en juillet dernier.

Marc Bauduin

 

Son site web dit ceci :
C’est en 2009 que, après s’être informé et formé auprès d’artisans spécialisés, principalement en Flandre et en Italie, Antonin Sforza ouvre son atelier de restauration et s’engage dans son activité professionnelle. Ayant grandi dans un milieu porté par la musique et l’artisanat du bois, il s’est, en effet, tôt senti déterminé à s’orienter dans cette voie.

Il complète et renforce alors son apprentissage par des formations dans le domaine artistique tant musical que dans la restauration d’objets d’art. Ce qui lui vaut d’avoir développé une belle expertise et une véritable maitrise dans le montage d’accordéons chromatiques et diatoniques, la construction des soufflets, l’accordage et la restauration, d’instruments anciens et modernes.

 

Q : Qu’est-ce qui vous a poussé à exercer ce métier ? Jouez-vous de l’accordéon (quel type) ?

R : Depuis mes 10 ans et encore de temps à autre, je joue de l’accordéon diatonique (sol-do). Vers 2010, je l’ai mis de côté pour approcher le bandonéon (beaucoup plus complet).
A la fin de mes études secondaires, je me suis décidé à aller vers le travail du bois, mais plus dans l’idée de faire sonner ce “noble” matériau. La question de l’instrument s’est posée et logiquement je suis allé vers l’accordéon diatonique.
Au départ j’étais amateur de musique traditionnelle irlandaise. Je me suis vite retrouvé bloqué car, quoi qu’on en dise, le sol-do n’est pas le plus adapté, et j’en ai eu marre de toujours devoir transposer.
J’ai donc pris des cours de musique folk avec Louis Spagna. Ensuite, je me suis passionné pour la musique de l’Est, plus particulièrement le klezmer. J’aime leur tonalité et leur modulation.
Je jouais en général pour moi, mais à un moment je me suis inscrit à un cours d’ensemble musical à l’académie d’Eghezée. Pour pousser plus loin, j’ai donc suivi des cours de solfège, d’écriture musicale à Godinne et d’ensemble traditionnel.

Q : Quelles formations avez-vous suivies, qui vous sont directement utiles ?

R : A mon époque il n’y avait pas spécifiquement de formation accessible. Au moyen d’un Leonardo (équivalent Erasmus pour les formations en entreprises), j’ai fait un stage chez un réparateur et constructeur de bandonéon en Flandre (Harry Geuns). Après ce stage, des portes se sont ouvertes pour moi en Italie où j’ai été effectuer ce même stage auprès de différentes entreprises de construction d’anches, de soufflet et de montage. De retour en Belgique, j’ai été quelque temps auprès d’un Hollandais (Frans van der Aa) pour possiblement reprendre son activité. N’étant pas d’accord avec ses conditions, le projet ne s’est pas fait. J’ai voulu ensuite suivre une formation en France à l’ITEMM au Mans mais elle se fait un an sur deux, et ce n’était pas le bon moment. En attendant, je me suis mis à mon compte. Pour me perfectionner encore, j’ai suivi une formation de 2010 à 2013 en restauration de mobilier ancien, afin de pouvoir aborder les vernis traditionnels. Passionné par ces cours, j’ai repris à mi-temps l’activité de mon ancien maître de stage. Au bout du compte, je dirais que ma particularité est la restauration des instruments anciens et l’accordage, grâce à l’apprentissage de différentes techniques de travail très différentes les unes des autres.

Q : Exercez-vous aussi d’autres métiers que réparateur/accordeur d’accordéons ? Car je suppose que financièrement, ce ne doit pas être évident ? Vendez-vous des accordéons d’occasion ? des recueils de partitions, des tablatures, … ?

R : J’exerce à mi-temps la restauration d’objet d’art, spécialisation en bois dans un atelier à Jauchelette près de Jodoigne. J’ai décidé de me spécialiser précisément dans la restauration et l’accordage car cela me semble le plus important. Quantité de beaux et bons instruments prennent la poussières alors qu’ils mériteraient de revenir dans la danse. J’ai aussi décidé de ne pas faire de vente d’instruments pour ne pas être lié à une marque et surtout parce que je ne suis pas commerçant.

Q: Travaillez-vous plus sur des chromatiques, ou sur des diatoniques ? Quel pourcentage environ ?

R : Étant joueur de diatonique, je m’attendais à ce que mon public vienne plus du folk. Mais mes premiers clients furent des professeurs d’académies et conservatoires en accordéons chromatiques, particulièrement intéressés par des instruments justes et à la même fréquence (440 ou 442Hz) pour la musique de chambre. Leurs élèves devenant eux aussi des professeurs d’accordéons, je suis plus particulièrement connu dans ce milieu-là. Je dirais 85% de ma clientèle sont des chromatiques car je travaille avec la moitié des académies et conservatoires de la Fédération Wallonie Bruxelles. Les 15% restants reprennent les accordinas, harmoniums et accordéons diatoniques.
Mon public d’accordéon chromatique peut aussi être dû à la pénibilité d’accorder ces instruments particulièrement volumineux, et aux exigences de justesse, en vue de jouer des concerts classiques. En effet, certains autres accordeurs d’accordéons chromatique ne s’en donnent pas la peine car ils visent plus le public du musette.
Mon outil le plus utile est bien sûr ma table d’accordage qui me permet d’accorder assis et pendant des jours entiers (certains accordages me prennent plus de 30 heures).

Q : Vous demande-t-on parfois d’accorder de manière non tempérée ?

R : A une époque, je me suis posé la question d’accorder un instrument dans un autre tempérament. J’ai adapté mon outillage à cet fin. Mais en réalité personne n’est jamais venu avec cette demande et c’est évident. Accorder un instrument dans un certain tempérament, c’est le priver du tempérament égal et des possibilités de carrières liées à celui-là. Et vu que certains accordéons coûtent dans les 10 000 euros et que l’accordage peut avoisiner les 1000 euros… (en tout cas dans le milieu du chromatique), la réflexion ne s’est pas posée. Peut-être aussi parce que je n’ai jamais eu de client particulièrement adepte du baroque à l’accordéon.

Q : Quels types de vibrato sont les plus utilisés dans les instruments que vous traitez (sec, swing …) ?

R : La plupart de mes clients qui désirent accorder la double flûte désirent en grande partie du sec (plus adapté de par la puissance des deux voix à l’unisson et de la justesse pour jouer dans un ensemble classique), vient ensuite le mi-swing ou swing. Après l’américain avec vibrato uniforme sur tout le clavier (différent du vibrato crescendo des italiens). Très rarement l’accordage musette.

Q : D’où vient principalement votre public ? Namur-Liège-Luxembourg ? y a-t-il parmi vos clients quelques noms connus que vous avez envie de citer ?

R : Mon public est essentiellement de Bruxelles, Namur et du Hainaut. Et parfois de Luxembourg et Liège. e pense qu’il y a certaines personnes particulièrement connues qui viennent chez moi, mais étant donné qu’ils sont du milieu du classique et que je suis plus amateur de folk, je ne suis pas vraiment au fait… Mais ce sont avant tout des professeurs tel que Christophe Delporte, Manu Comté, Simon Danhier, Thibault Dille, pour citer ceux qui me passent par la tête. Mais je suis assez discret là-dessus car il y a une certaine concurrence dans ce milieu et certains musiciens tiqueraient de savoir que je travaille pour la “concurrence”…

Contact : site web a-sforza.com
e-mail antonin.sforza@gmail.com
gsm +32 486 94 60 46
adresse Rue du Château de Saint-Marc, 70, 5003 Saint-Marc
(uniquement sur rendez-vous)
heures d’ouverture Lu-Ve 8h-18h, Sa-Di 9h-13h

(article paru dans le Canard Folk de novembre 2020)