Le bal des 30 ans

Trente ans du Canard Folk et trente ans de Trivelin pour un très chouette bal en compagnie de Rif’zans l’Fiesse le 24novembre dernier.

C’est en effet dans le n°2 du mensuel, en décembre 1982, que le groupe Trivelin, qui venait de naître,était présenté.

Et comme Trivelin vient de changer de formule, il nous a fait le plaisir de venir à la fois avec les anciens et avec les nouveaux, ainsi qu’avec les membres de la formule Renaissance, connue aussi sous le nom de La Compagnie Trivelin. Le tout sans ménager ses efforts, en terminant de jouer bien tard au milieu de la salle. Bravo les amis !

Une magnifique soirée, dont nous vous présentons quelques photos, entrecoupée de délicieux muffins et d’une prestation de quatre compositeurs (ou groupes) qui ont été unaniment appréciés. On ne saurait trop remercier le public, les musiciens ainsi que Rif’zans l’Fièsse !

une partie des anciens

 

la magie de trois cornemuses pour la bourrée des Grandes Poterie

 

 

Michel Pêcheur, un ancien au centre de la nouvelle formule (tout comme Michel Deru)

 

Les panneaux d’info à l’entrée, avec une des montgolfières en papier de soie rescapées d’Hélécine

 

 

Les quatre compositeurs

Le groupe de Carine Ernens,

Carine Ernens à l’accordéon diatonique,Vincent Wilkin à la kora,Frédéric De Schauwers à la guitare,Jochen Michiels aux percussions

C’est la première fois qu’ils jouaient ensemble en public et, disent-ils, c’est possible que nous continuerons par la suite. Ils ont interprété une valse à 11 temps “ Le jeu du temps – Poursuite “ composée par Carine Ernens.

Frédéric De Schauwers a commencé la musique par la flûte traversière à l’académie à l’âge de 12 ans, mais en a eu vite marre de la méthode classique. En 99, vers 18-19 ans, il se met à la guitare (son père en joue), achète des partitions de Queen et joue dans un groupe rock de débutants. Suivent d’autres expériences rock, la composition pendant ses études, la collaboration avec un percussionniste arabe et des musiciens africains, le bal,de la faculté d’agro à Gembloux, du jazz, du français, …

Et en 2009 il découvre le folk grâce à Noëlle Vliegen qui est aussi à Gembloux. Il va danser au bal d’Ovifat, suit des cours de danse, et sort beaucoup. Ce n’est que depuis quatre mois qu’il joue du folk. Il a rencontré Carine Ernens au “bal & basta”, qui jouait dans la jam.Elle l’a recontacté voici peu pour le bal des 30 ans du Canard Folk.

Vincent Wilkin, médecin, s’est formé en Afrique. Lors d’un stage de médecine au Burkina Faso, il est tombé amoureux de la musique africaine. En dernière année, il a fait un stage au Mali et s’est acheté une kora. Et dès qu’il a eu son diplôme, il a décidé d’abandonner la médecine et est,parti en Afrique. J’ai appris à jouer avec eux, et j’ai appris leur langue, le bambora. Cette musique est pleine de sens, elle n’est reliée aux cérémonies, à des histoires. Même la musique pop malienne est influencée par des courants traditionnels.La kora est traditionnellement un instrument solo, mais on la trouve maintenant en accompagnement de tous types de musiques : cubain, flamenco, jazz, … La kora a 21 cordes, qui couvrent deux octaves et demie. La mienne est en Do majeur, je joue la basse à gauche, et des accords de trois cordes à droite. La kora traditionnelle est en Do ou en Fa majeur, mais on peut l’accorder autrement. Il existe des koras avec des leviers comme sur les harpes, pour les demi-tons. La caisse de résonance est une calebasse entourée d’une peau de vache tendue. Quatre ou cinq professionnels de cet instrument sont établis en Belgique, en général dans le répertoire traditionnel. Ce qui m’intéresse, ce n’est pas la musique intellectuelle. Je veux relier les gens, et la danse est un très bon moyen.

Carine Ernens a commencé dans les années 90 avec les groupes Carvine (avec Vincent Soubeyran) et Cadence, et le Folk-Club luxembourgeois. Un ami de l’université, danseur, lui avait demandé d’être sa partenaire pour un stage à Neufchâteau. Et un groupe folk d’Athus a organisé un stage d’accordéon diatonique, qui l’a lancée avec cet instrument à l’âge de 21 ans. J’ai été très active pendant 6 ans, j’ai fait des stages en France notamment. Et un jour j’ai quitté mon boulot, j’en avais marre des règles, je suis partie à Cuba. De retour en Belgique, elle invite des poètes cubains et joue avec eux. Elle décide de s’installer à Bruxelles, suit à nouveau des cours (Wouter Van den Abeele). Elle est attirée par l’improvisation avec Michel Masson, avec qui elle participe actuellement à “Rock de chambre” à Liège (autour de la transmission orale). Il y a un an, elle rejoint Luk Indesteege dans Ancolie, remplaçant un cornemuseux pour un bal à Herk où elle rencontre Vincent. Ce dernier s’avère également intéressé par l’improvisation, participant à un stage avec Stéphane Milleret en ce début novembre. Carine ajoute : la musique, c’est une manière de cheminer, en faisant de la recherche, en créant soi-même.

Le projet : on fait un bal dans maximum 6 mois !

 

Le groupe “Trio Janus”

Ils sont trois, ils s’appellent tous Jean. Ils nesont pas bretons, mais wallons, de la région deStavelot. Une région bon enfant, où les gens aiment se taquiner.

Jean-Léon Dewalque (Stavelot) à la cornemuse brabançonne. Groupes “S’Nanas groupe vocal”(2008), “Jean-Léon Victor Association”(2000), “Duo Janus”(2011)

Jean Dizier (Stavelot) à la vielle a roue.Groupes “Accordance”(2009), “Le Duo Janus”(2011)

Jean Pirotte (de Trasenster-Fraipont ) aux clarinettes. Groupes “Jazz à la Maison”(2009),”Accordance”(2009), “De mon temps”(2010).Le groupe a joué la bourrée-polka «La Truite Cendronaise » et “Elie”.

Interview

Jean Dewalque a débuté en folk comme danseur au Réveil Ardennais, de 68 à 89. C’est l’occasion en 85 d’aller dans le Périgord, également avec Marc Malempré et Raymond Honnay. Il ya découvre la vielle et la cornemuse. La vielle le tente,mais c’est une cornemuse que Marc Malempré lui transmettra : la troisième cornemuse de Remy Dubois – un type génial,qui a modifié la cornemuse à plusieurs reprises, notamment en lui ajoutant un troisième bourdon. C’est en 1987 qu’il commence donc à jouer de la cornemuse (après le sax et la flûte à bec, entre autres), avec un premier stage à Borzée, en même temps que Jean-François Geubel (de Coïncidence), animé par Bernard Boulanger. En 88, encore débutant, il va à Paris jouer pour le bicentenaire – on y a été, c’était de la folie ! Il a eu aussi Jean-Pierre VanHees comme prof.

Dans les années 90, il joue avec Jean Pirotte dans les Zimtheux. C’est de la musique ancienne ou traditionnelle, mais pas à danser. Il fait aussi du jazz. En 2000, il forme l’Association Jean-Léon Victor (qui existe encore) avec des musiciens, des acteurs, des jongleurs, des échassiers, des cracheurs de feu : de l’animato-couleurs spectacle. Dans ces années-là naît aussi le Jean-Léon Band, avec quatre musiciens qui jouent pour la danse.C’est à Stavelot qu’il rencontre Jean Dizier, le kiné de ma mère. Cela devient en décembre 2011 le Duo Janus qui commence en animant la balade des contes de Stavelot. Pas spécialement axé sur la danse, le répertoire contient leurs compositions, de la musique ancienne et quelques musiques françaises. Jean Pirotte les rejoint pour former le Trio Janus,dont c’était la première prestation au bal des 30 ans du Canard Folk.

Jean-Léon Dewalque a aussi un projet pour jouer avec un orgue. Avec déjà une centaine de compositions pour divers instruments (y compris des percussions et de la trompette), il a beaucoup de choses en tête !

Voici sa composition “Elie”, du nom d’un accordéoniste de Theux, décédé, qui était apprécié de tous.

 

Bal au Centre

Christine Pierard : vielle – Peter De Baets : cornemuse

Dans tous les lieux de danse des régions du Centre de la France, c’est le couple vielle/cornemuse qui cristallise le mieux les saveurs de la musique traditionnelle. Jamais les bourrées, scottishes ou polkas ne sonnent aussi bien que lorsque le chien de la vielle vient survolter la grande musette incrustée d’étain. Jamais valses et mazurkas ne tournent comme quand un contrechant de 23 pouces s’appuie sur les tours de roue de la vielle.

Venez partager avec nous ce plaisir de danse.

Peter De Baets, qui est l’un des compositeurs au bal des 30 ans du Canard Folk, nous écrit en outre ceci :

– j’habite Branchon, un petit village de Hesbaye et, une partie croissante de mon temps, dans le Morvan.
– je me sens vraiment chez moi dans la musique du centre de la France
– je fais partie de deux fanfares de cornemuses en France : la Société Fraternelle de cornemuses du Centre, depuis 6ans, et, tout récemment, de l’Irréductible Morvandelle.
– avec Christine Pirard à la vielle, après avoir joué depuis pas mal d’années dans les Macloteus, nous formons un nouveau duo : Bal au Centre. Ce duo s’enrichit régulièrement de la présence de Berry Ralet(et devient donc un trio, en bonne logique arithmétique)
– mes autres projets actuels : la Confrérie des Muchards de Saint Druon, un ensemble de muchosacs, les cornemuses du Hainaut ainsi que l’animation d’un atelier de jeu d’ensemble de cornemuses qui vient de démarrer dans le cadre des activités de Folknam Musique Trad.

Interview

Christine Pirard a connu le folk grâce à Lucette et Pol Spinoit, et leur groupe de danses wallonnes La Sarabande, à Rixensart. A l’âge de 15 ans, elle fait partie du groupe ado et participe à des démonstrations, vers 1976. Les musiciens étaient notamment Lucette Spinoit à la vielle, et Bernard Vanderheijden à la cornemuse. Et un jour, elle a eu la vielle de Lucette sur les genoux ! C’est donc Lucette qui lui a appris à en jouer, et qui lui a prêté sa vielle Fettweis. L’accordage est pénible au début, bien sûr. Son père violoniste lui disait : ta musique, c’est du bruit. Il y eut des stages à Neufchâteau,avec Bernard Blanc. C’est là qu’elle rencontre Berry Ralet, qu’elle rejoindra dans OPPSMA. C’est aussi avec Berry qu’elle joue dans les Bacchanales, lorsqu’en 88 on lui demande d’animer un réveillon médiéval. Elle a aussi vécu en France, du côté de Bergerac, avec un facteur de vielle. Et a aussi joué avec les Macloteus, où elle a rencontré Peter il y a 5 ou 6 ans. La musique wallonne était à son répertoire dès le début, avec la Sarabande. Je suis très triste que la majorité des gens ne savent pas qu’il existe une musique wallonne. Nous ne sommes pas assez fiers de notre culture.

Peter De Baets embraie : C’est ça mon plaisir quand je vais jouer en France. Dans le Morvan, la tradition est restée vivante. J’y connais un accordéoniste qui joue depuis 70 ans. Peter s’est intéressé au folk flamand avec De Vlier, Jan Smed ou ‘t Kliekske. J’ai toujours été assez traditionaliste. Actuellement je pense que la tradition flamande est aussi peu vivante qu’en Wallonie. J’ai encore vu jouer sur de vieux accordéons à cuillers, et mes deux grands-oncles faisaient le balà l’accordéon diatonique et à l’épinette dans la région de Gand. Mais aujourd’hui, ce lien n’existe plus.

Peter est originaire de St Nicolas, près de Gand. Karel Waeri, un chanteur populaire de gauche et anticlérical dans les années 1880-1900, était un De Baets. J’ai commencé un peu d’épinette, puis j’ai appris la cornemuse avec Luc Bosmans(le frère de Wim). Je suis venu habiter à Bruxelles dans un appartement, et j’ai eu des problèmes avec les voisins, ce qui,m’a poussé à arrêter provisoirement. Il quitte ensuite Bruxelles, suit des cours pendant trois ans avec Jean-Pierre Van Hees. La musique du Centre France n’était pas encore une passion. Le déclic, c’est un stage avec Eric Montbel. Et bien sûr, dans les années 80, les rencontres de St Chartier.

Il est désormais à fond dans le Centre France, y compris aussi l’Auvergne, le Berry, le Limousin. Un jour, il va y jouer avec le groupe Yes4 (avec notamment Marc Malempré) dans un village où une maison en ruines était à vendre. Il l’a achetée, et donc s’est mis à voyager souvent. Il a ainsi rencontré La Chavannée et découvert la musique bourbonnaise; il joue de la cornemuse 23 pouces. Il a pris contact avec la Société Fraternelle de cornemuses du Centre à Paris, et est donc de plus en plus souvent en France, dans le Centre ou à Paris.

En parallèle, il joue avec Bernard Vanderheijden dans le duo Les Buissonneurs pendant environ 5 ans. Nous n’avons joué qu’une dizaine de fois en public. C’est plutôt un atelier de recherche sur le répertoire et le style de jeu, adapté à la muchosa. Nous en avons chacun une, une copie faite par Remy Dubois. Cela s’est arrêté en 2011.En gestation, un nouveau projet sur la muchosa avec Wim Poesen, Geert Lejeune, Pascale Gheux et Jean-Marie Van Coppenolle, pour la prochaine rencontre de cornemuse au Pays des Collines, cette fois avec un nouveau modèle de muchosa par Remy Dubois.

Voici la bourrée de Montreuillon, une bourrée valsée composée par Peter.

 

 

Laurent Jamar

A l’accordéon diatonique solo, Laurent a joué deux de ses compositions : une valse à 8 temps très appréciée, avec tout plein d’accords à la main droite, et une valse à 3 temps. C’est à l’âge de 9 ans qu’il a commencé la musique,bien sûr classique, au violoncelle. Un instrument dont il joue toujours.

Voici ce qu’il nous dit.

J’avais une soeur qui allait tous les ans à Neufchâteau faire de la danse classique. Une fois, nous avons été la chercher là-bas. Il y avait des cours de musique traditionnelle au même moment, une bonne ambiance avec des gens qui jouaient et qui dansaient. J’ai été attiré par cette ambiance de fête ! Je me suis donc acheté un petit accordéon diatonique d’Allemagne de l’est, pas cher. Après un ou deux ans je me suis acheté un petit Hohner, sur lequel j’ai joué deux ou trois ans. J’apprenais seul dans ma chambre, en écoutant des disques. Puis je suis entré dans le milieu folk. Neufchâteau à 16 ans c’était ma première sortie, je découvrais le monde en prenant mon pied, c’était incroyable. J’ai fait quelques stages, notamment avec Marc Perrone. Un jour je suis allé à St Chartier et j’y ai acheté un Bertrand Gaillard.

J’ai pris goût à la musique traditionnelle : Malicorne, le Bothy Band, … Cela me donnait des frissons et l’envie de jouer. Et puis avec des copains nous avons formé un groupe de bal : Firiel, ensuite les Musiciens du Bois St Servais.C’était informel, assez peu organisé.

A 18 ans j’ai commencé l’unif, en arrêtant le violoncelle par manque de temps. Mais j’ai continué la musique folk,notamment aux fêtes d’étudiants à Louvain-la-Neuve.

Plus tard j’ai commencé la contrebasse, entre autres pendant trois ans avec le groupe Aksak de musique hongroise, qui demande un accompagnement très typé. Aussi avec Gaia pendant trois ou quatre ans, à la contrebasse. Vers les années 90-95 dans un groupe de tango (contrebasse et violoncelle) avec Alfredo Marcucci, et dans un autre groupe de tango La Contrabanda.

Actuellement je joue surtout avec J’en Rafolk, soit de l’irlandais/québécois/cajun (avec un accordéon irlandais Do#/Ré),soit du répertoire traditionnel de par ici. Nous faisons des bals et des soirées musicales, surtout en Brabant wallon mais pas uniquement, pour des fêtes d’étudiants, des mariages, des écoles, la Cabane, Marsinne, … Nous sommes tous des musiciens avertis, avec aussi Jean Armel comme animateur, et on s’amuse bien en jouant une ou deux fois par mois sans faire de promotion. Le bouche à oreille fonctionne bien. Ce serait intéressant d’avoir un cd de démo, mais nous sommes tous peu disponibles, avec des enfants.

J’ai deux facettes : la contrebasse pour l’Europe de l’est, et les accordéons diatoniques pour nos régions. Mais j’ai aussi un faible pour les musiques suédoises. Je joue aussi beaucoup de musiques anglaises (contredanses, Playford) pour les barnas d’Eric Limet et maintenant de Robin Seifert, ce sont de très chouettes danses communautaires. J’aime beaucoup danser, ce qui fait que j’adapte mon jeu pour la danse, ce qui rend les interactions (dans les deux sens) très enrichissantes.

Et je joue aussi de la musique baroque. Je viens de commander un violoncelle baroque à 5 cordes. Je fais entre autres un duo de violoncelles.

Mon boulot, c’est chercheur en agriculture et en agronomie, mais la musique reste mon hobby principal !

Marc Bauduin

PS : retrouvez les photos du bal sur le site web du Canard Folk

 

(article paru dans le Canard Folk de janvier 2013)