A la découverte de l’épinette boraine

Voilà le titre de l’exposition qui s’est déroulée du 12 au 21 septembre 92 à l’Office du Tourisme de la Ville de Mons à l’occasion de a journée du patrimoine.
Si Hubert BOONE fait allusion aux épinettes de cette région dans le désormais classique “De hommel in de Lage Landen‘, aucune publication exhaustive n’a vraiment été réalisée.

H. BOONE cite Elouges, Boussu et Saint-Ghislain comme lieux de fabrication. Il relève comme caractéristiques l’utilisation fréquente du chêne et les têtes en forme de lyre, avec deux oreilles bien marquées. Il met en relation ce que des enquêtes ont révélé à propos de la pratique et de la construction d’épinettes en Hainaut avec le succès que l’instrument rencontre au delà de la frontière, dans le Nord de la France.

Remy DUBOIS a participé à certaines de ces enquêtes (voir Aubépinette n°9 dans le Canard Folk n°27 de mars 1985).

On a parfois l’impression que seul Jean BERTIAUX est resté attentif à la conservation de ce patrimoine musical localisé autour de Mons. Déjà, en 1984, il organisait à Boussu-Bois (puis en 1985 au Grand Hornu) une exposition à l’occasion de laquelle il publiait avec Ivan LEWUILLON un petit texte d’une dizaine de pages, inspiré entre autres de Hubert BOONE.

Cette publication rapportait les souvenirs que l’on avait à Saint-Ghislain de Philippe SCUFLAIRE qui faisait des “épinettes de bateliers”. Avant la première guerre mondiale, les bateliers achetaient à ce menuisier ébéniste des épinettes pour meubler leurs loisirs forcés. Les époux CARPENTIER-LAGA vendirent à Saint-Ghislain des instruments avant et après la guerre de 1914-18.

Alexandre-Auguste PORTIER, né en 1886, est également cité comme facteur d’épinettes à Quiévrain.

Boussu connut un véritable virtuose de l’épinette, Joseph CHEVALIER, ouvrier mineur de profession, qui quitta son village pour Dour en 1921 avant de s’établir enfin en 1970 à Woluwé-St-Lambert et y décéder en 1979.

À Elouges, c’est dans un café, le « Salon Ambroisine » (nom repris par le duo d’épinettes André DERU – Thierry LEGROS), que l’on jouait de l’épinette; on connut dans ce village deux fabricants d’épinette, un certain HAYE qui aurait été actif entre 1800 et 1830 et au XXème s. le menuisier Louis NOEL qui émigra à Dour où Léon CAPELLE vendait des instruments.

A Angre, enfin, de petits orchestres avec épinettes étaient actifs et on y cite un musicien virtuose constructeur : il s’agit de Joeph-Albert BAUDOUR (1896-1925) dont vous avez certainement déjà vu la photo.

L’enquête réalisée par Jean BERTIAUX et Ivan LEWUILLON à ouvert ou précisé les pistes ci-dessus à propos de l’épinette.

Tout récemment, un nom s’est ajouté à la liste des facteurs locaux d’épinettes. En effet, le détablage pour restauration par Jean BERTIAUX, d’une épinette ancienne à chevillier en forme de lyre, a révélé une marque au tampon : “FABRICANT : DEMILLY EDMOND – QUIEVRAIN”. Il s’agit d’un menuisier né en 1896, établi à Quiévrain et y décédé en 1931.

L’exposition de ce mois de septembre a permis d’admirer vingt-deux exemplaires prêtés par une petite dizaine de collectionneurs. Certains instruments, aux origines connues, témoignent des productions populaires de Boussu, Saint-Ghislain, Elouges Dour, des “Hauts-Pays” et de Quiévrain.
Voilà donc une aire de construction de l’instrument clairement identifiée par l’initiative de Jean BERTIAUX.

Celui-ci se fait en outre le promoteur de sa région en copiant les instruments anciens et en créant des modèles plus élaborés d’épinettes diatoniques et chromatiques. Depuis quelques années en effet, il est connu comme luthier amateur consciencieux, et à Jurbise il essaie de maintenir vivante la tradition locale de l’épinette boraine (voir l’article dans Le Soir du 9 septembre dernier).

Mais suffira-t-il ? Il serait grand temps qu’une équipe de chercheurs ratisse la région à la recherche des récits des anciens afin que le souvenir de l’épinette boraine puisse se fixer dans quelque enquête scientifique qui remplace aujourd’hui la mémoire collective.

Avant de terminer, signalons qu’il va de soi que toute information relative à l’épinette en Hainaut et particulièrement dans le Borinage et la région des “Hauts-Pays” sera la bienvenue (Jean BERTIAUX tél 065/22 58 60).

Micheline et Guy Vanden Bemden – Casier.

(article paru dans le Canard Folk de novembre 1992)