Exposition “L’Epinette du Nord”
Centre Socio-Educatif à Hazebrouck (France)

On ne présente plus “l’épinette” aux lecteurs du Canard Folk. Nos rubriques “AUBEPINETTE” l’ont fait connaitre et les stages à Borzée ou à Gooik ont permis aux amateurs d’en jouer et de l’approcher de près.

Pour ne citer que les plus récentes, les expositions d’épinette organisées à Borzée en mars 1993 et au Moulin de Ferrières en septembre 1993 ont permis de voir des instruments anciens.

C’est pourtant avec curiosité que nous avons visité l’exposition “L’EPINETTE DU NORD” à Hazebrouck (France) qui se tenait du 30 avril au 25 mai 1997.

Cette exposition est en fait le résultat d’une vingtaine d’années de recherches de l’association “TRACES” et particulièrement de Patrick DELAVAL, dans la région du Nord de la France.

En effet, c’est depuis une vingtaine d’années que l’on a identifié la pratique et la fabrication de l’épinette dans le Nord comprenant la Flandre, l’Artois, le Hainaut et le Cambrésis.

Un des anciens lieux de production se trouve d’abord dans la région autour de Lille : Tourcoing, Armentières, Menin. À chevilles, puis mécaniques, les modèles de cette région sont assez étroits et semblent fabriqués souvent de façon “industrielle”. Ils comportent généralement 7 cordes dont 3 chanterelles. Citons entre autres le fabricant d’épinettes COUPLEUX à Tourcoing (il existe une épinette Coupleux qui peut se voir en permanence au musée de Mouscron1).

La firme Coupleux a édité en même temps une méthode qui contient une vingtaine d’airs à la notation chiffrée proche de celle qu’on trouvait à la Feuille Dorothée (Vosges) : le répertoire est formé de mélodies populaires d’après la Grande Guerre : Frou-frou, Bonsoir Madame la Lune, Le petit Quinquin,…

Les épinettes du CAMBRESIS ont des dimensions plus imposantes : les plus grandes ont un diapason qui va jusqu’à 745 mm. Elles possèdent des têtes caractéristiques : après un fort étranglement, le chevillier s’élargit. Les instruments sont pourvus de 2 ou 4 cloisons découpées en ares de cercle vers les éclisses. Leurs cordes varient de 8 à 10 dont 4 ou 5 chanterelles.

On trouve parmi les fabricants de ce type d’instrument Baptiste GERNEZ, cabaretier à Avesnes-sur-Aubert actif depuis 1914 et son fils Jean-Baptiste GERNEZ, aussi Jean-Paul SEGAR de Haumont.

Un mystère pourtant : Haumont et Avesnes-les-Aubert sont éloignées et on ne connaît pas d’épinettes entre ces deux zones très localisées.

D’autres épinettes faisaient partie de l’exposition et qui méritent une mention. L’épinette à la lyre qui proviendrait de ROUBAIX et inspirée des A. Lambert vosgiennes, l’épinette de type Zither bavarois et pourtant construite à HAZEBROUCK et surtout une élégante épinette du Hainaut français (région Valenciennes) à double caisse très découpée proche de certaines épinettes d’Andenne (Roche de Meuse).

Citons enfin l’instrument qui était présenté comme le “clou” de l’exposition, le Grand Hommel du Musée de Dunkerque. Cet ennéacorde de 1m34 est à rapprocher d’autres instruments de cette dimension et que l’on date généralement du XVII ou XVIII siècle.

L’exposition, organisée par le Centre Socio-éducatif de Hazebrouck, a malheureusement fermé ses portes. Pourtant le livre2 édité à cette occasion reste disponible. Il passe en revue les résultats des collectages non seulement par le texte, mais par les photos et surtout les planches que Patrick Delaval a dessinées suivant le modèle de G. Jacques, les marques et les dessins ornant les instruments. Sont aussi relevés les anciens musiciens que les chercheurs ont pu rencontrer.

Le tout est clôturé par une petite bibliographie sélective… Pour 100FF, il s’agit d’un état des recherches sur l’Épinette du Nord qui marquera date dans la littérature consacrée à ce modeste instrument populaire.

Micheline et Guy Vanden Bemden

 

1 Musée du Folklore “Léon Maes” à Mouscron
2 L’épinette du Nord. Cithares à touche du Nord de la France. Association Traces, 160p, Edition Centre Socio-Educatif Hazebrouck, place Degroote, 59190 Hazebrouck, 1997.
3 Gérard JACQUES, Luthiers et Grandes Dames de l’épinette Ajolaise, éditeur Jacques Mougel, Le val d’Ajol, 1979.

APPEL AUX DESSINATEURS

Comme Monsieur Gérard Jacques l’avait fait por épinettes du Val d’Ajol, Micheline et Guy Vande Bemden avaient commencé à faire des planches
d’épinette appartenant à des particuliers, à l’échelle 1/3.

Par manque de temps et de qualité de dessinateur, ce projet est resté à l’état de rêve.

Patrick Delaval avait repris à son compte le projet pour le Nord de la France avec le résultat que nous avons pu admirer à l’exposition.

Si vous avez des talents pour reprendre cette initiative, faites-en part à Micheline et Guy Vanden Bemden, avenue du Hoef 11, 1180 Bruxelles, tél 02/375 01 27.